Un juste-échange, et de légitimes frontières

Tribune


Dans une tribune diffusée sur les sites du Monde et de France inter le 6 mai dernier, Nicolas Hulot, ancien ministre de la Transition écologique et solidaire, propose ce qui semble être une vision d’ensemble du monde de l’après-coronavirus. Encore ce terme de « vision » est-il sans doute excessif, tant étonne la forme de cette contribution au débat. Il ne s’agit en effet pas d’un texte théorique, mais, en fait, d’une centaine de mesures ; non pas des orientations construites et encore moins novatrices, mais de vagues aphorismes, lieux communs sur à peu près tous les sujets possibles.

L’ensemble dessine la France, l’Europe et l’Humanité d’après la pandémie, pour qui, selon l’auteur, écologue controversé, « le temps est venu » de se repenser en profondeur. Les banalités s’enchaînent : du fait de « poser les premières pierres d’un nouveau monde » à la nécessité de « créer un lobby des consciences », en passant par une évolution vers « des démocraties inclusives ». Rien ne manque dans ce laïus progressiste, orienté à gauche et fortement teinté d’écologie.

Cette prégnance de la thématique écologique dans ce texte de Hulot — après tout conforme au personnage — ne lui donne pas pour autant un enracinement dans un réel quelconque. Cette longue tribune n’est qu’un appel à l’utopie. Totalement hors-sol, elle cumule le fait de n’être pas un texte théorique et de ne suggérer aucune mise en pratique, puisque, ne proposant rien au sens propre.

L’impossible praxis du discours de Hulot, déjà éprouvée en 2007 avec son Pacte écologique, confirmée par le fumeux Grenelle de l’environnement (inspiré de son puissant lobbying vert auprès des politiques de gauche comme de droite) jusqu’à son entrisme opportuniste au sein du gouvernement Macron-Philippe, pourtant peu préocuppé par l’environnement, devrait alerter une majorité des Français. Après des décennies de « parler-vert », Hulot n’est plus qu’un écologue de salon, sans l’agir. Surtout, Hulot oublie l’essentiel : non seulement les collectivités humaines, de la cellule familiale à la communauté des Nations, n’ont pas besoin de lieux communs, mais, au surplus, elles requièrent urgemment deux choses dont il ne parle jamais, que sont un juste-échange, et de légitimes frontières.

Repenser les échanges, réhabiliter les frontières

Ce postulat de repenser les échanges et de réhabiliter les frontières, au-delà d’être celui des courants souverainistes et identitaires, est celui du bon sens. Si un « monde d’après » doit naître, qui soit suffisamment distinct de l’ancien, ce sera sur ces bases, ou bien, ce nouveau monde ne sera pas. Hulot, comme le camp progressiste en général, est cependant incapable de poser lesdites bases, concevant l’avenir sans en saisir sa réalité multipolaire, éludant la complexité du XXIe siècle par les raisonnements mécanistes du XIXe : positivisme, vérité absolue du Marché, technocratie et bipartisme.

En se refusant de penser, Hulot et les siens mentent par ailleurs par omission quant à leur rôle vis-à-vis de l’état du monde, car sa génération, celle du baby boom d’après-guerre, est directement responsable. Le monde d’après cette crise doit quitter le dogme néo-libéral du libre-échange pour viser un juste-échange, relocalisant au plus près les circuits de production, de consommation et de recyclage. Et l’idée de frontière, qui était jusque-là l’exception, et vient d’être symboliquement revivifiée par les politiques de confinements appliquées par différents États, doit devenir la norme : frontières économiques à une échelle nationale par le protectionnisme industriel et agricole, frontières physiques face aux flux migratoires croissants, qui menacent l’identité des peuples européens.

Gauthier Bouchet

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