Héraldique, la passion des blasons


Même si vous n’êtes pas d’origine noble, vous pouvez avoir votre propre écu. Comment ? En déposant votre blason à l’Institut national de la propriété intellectuelle (INPI), qui vous dira si, oui ou non, vous pourrez utiliser telle ou telle image.

Quelques mots sur l’origine de l’héraldique

Selon Claude Wenzler, dans Le Guide de l’héraldique : histoire, analyse et lecture des blasons, édité en 2015 chez Ouest-France, « on considère que les premières armoiries véritables apparaissent vers 1130 ». Mais l’auteur a précédemment indiqué que depuis l’Antiquité, « seules les enseignes permettaient d’identifier des groupes de combattants ».

Il est en effet nécessaire de rappeler que l’héraldique provient d’une nécessité militaire, qu’elle est à la fois une science, un art et un langage.

Logos de Ferrari et de Lamborghini

Logos du Stade Français et de Arsenal :

Des blasons, mais pourquoi donc ?

Évidemment, la plupart des gens pensent aux écus des familles. Mais les blasons sont également très présents dans les marques commerciales (Ferrari, Lamborghini, etc…).

Il y a également les blasons des communes, départements, régions, pays. N’oublions pas non plus les associations (notamment les clubs de sports !), qui peuvent utiliser le langage héraldique, les écus sur les demeures, et moult autres cas !

De plus, n’oublions pas que les logos sont une expression moderne de l’héraldique, et que les armoiries sont encore d’actualité dans les insignes militaires.

Logos de Mercedes-Benz et BMW

Armoiries de la Ville de Saint-Malo et de la principauté de Monaco

Anecdotes sur l’héraldique

Voici deux petites histoires pour vous faire esquisser un sourire :

Joël Lergenmuller, hérault professionnel installé à Dinan (35), me disait quand je suis passé le voir : « Ah ! C’est une profession où on rencontre un paquet de gens vaniteux ! ». Alors que chacun sait qu’une famille est une entité très vivante. Pourquoi se vanter de l’écu réalisé par un de ses ancêtres ?

Il est évident que les symboles préférés d’un grand-père Corse, violoniste et monarchiste, ne sont pas forcément les symboles adulés par un petit-fils Basque, forgeron et Bonapartiste ! C’est pourquoi je conseille de réaliser un écu POUR SOI, en priorité.

Quand je faisais les marchés, un monsieur c’est arrêté pour me montrer une chevalière qu’il avait ramassé sur la plage. Fort de mon incroyable savoir, j’ai essayé de déchiffrer le sens des symboles qui étaient sur celle-ci. Mais premièrement, avec le recul (grâce à quelques connaissances glanées depuis) je suis persuadé de m’être trompé sur certains points.

Et deuxièmement, sans une transmission orale ou écrite des aïeux, l’interprétation d’un écu, d’une devise ou autre, peut s’avérer totalement impossible (ou très hasardeuse).

Exemples d’aquarelles

Réinterprétations du logo de Volvo et de Cadillac

Quelques conseils pour un blason

Privilégiez le bouclier rond. Qu’il reste au stade du dessin ou qu’il soit réalisé par vous-même ou un artisan, privilégiez un bouclier rond au bouclier « rectangulaire ».

D’abord d’un point de vue esthétique, parce que le bouclier « rectangulaire » sera toujours un casse-tête concernant les proportions de longueur et largeur. Parce que il existe toute une catégorie de pointes. Qu’ensuite, la pointe, justement, donne un effet « entonnoir » à certaines représentations (empêchant l’artiste de s’exprimer sur toute une partie du bouclier).

Pour finir, c’est une sécurité à de nombreux niveaux. Des marques comme Mercedes-Benz et BMW ont préféré cette forme. Captain America également. Et n’oublions pas notre cocarde.

Ensuite du point de vue de la transmission, sur les boucliers « rectangulaires », il est très facile de faire une erreur quand l’on recopie l’image sur un autre bouclier « rectangulaire » parce qu’il est légèrement différent (proportion, forme de la pointe etc…).

Pour finir d’un point de vue légal, si je prends mon petit « Armorial des principales maisons du royaume » de Pierre-Paul Dubuisson de 1757 réimprimé par les compagnons de Jean de Bonnot, je constate que les armoiries répertoriées sont toutes sous forme « rectangulaire », donc vous aurez plus de chance de faire enregistrer à l’INPI, une image « neuve » sur une forme ronde, car elle était moins usitée par la noblesse.

Il existe bien d’autres formes de boucliers comme le bouclier « triangulaire » (très stylisé) utilisé par Lamborghini, Lancia & Triumph par exemple.

Quelles armes placer derrière mon bouclier ?

Cela dépend pour qui est fait le blason. C’est pourquoi je conseille d’en avoir plusieurs (et au moins un caché du public que l’on transmet en secret à ses héritiers ou partisans).

Je conseille toujours d’utiliser des armes croisées, derrière le bouclier, car la symétrie est un facteur important dans l’héraldique (cela est très agréable à l’œil en effet et cela fait partie du « jeu »).

Selon le message que vous souhaitez transmettre, vous pouvez placer des épées, des haches à double tranchant (francisque), des canons, des tridents, des hallebardes etc…

Faut-il aller jusqu’à ajouter d’autres éléments à l’écu ? Tenants/supports/soutiens ? Cimier ?
Lambrequin ? Etc…

C’est beaucoup de travail de recherches (même si c’est des recherches sur soi-même), cela prend beaucoup de temps, c’est beaucoup d’argent dépensé en modifications ou peaufinages demandés à l’artiste etc…

Je ne conseille pas d’aller sur le terrain des tenants/supports/soutiens tant que on est pas sûr et certain d’avoir un écu qui tienne la route (attendre 1 an ou 2 avant de se lancer dans cette entreprise d’ajouts).

D’autant que certaines « décorations » peuvent faire l’objet de règles légales qui peuvent nécessité les conseils d’un généalogiste pour ne pas faire d’erreur.

Que penser des banderoles portant les devises ?

Si il est bien un élément graphique qui coûte cher et qui soit technique, c’est bien la banderole (et/ou l’emplacement où l’on souhaite exposer la devise/cri de guerre/cri d’armes etc…).

Je déconseille l’usage des banderoles sur les armoiries, dans la grande majorité des cas. Car c’est un objet graphique très fin et aujourd’hui (notamment depuis la révolution de l’art-déco qui est née à Paris en 1925) les mots sont devenus ÉNORMES (sur les affiches publicitaires par exemple)
remplaçant souvent tout autre dessin (une marque comme « Hummer » par exemple, n’a pas de logo).

Si vous souhaitez faire reproduire vos armoiries sur une chevalière (par exemple), une petite banderole avec une fine devise… sera très problématique pour le graveur.

Que penser justement des devises ?

Que penser de la parole, plus globalement ! « La parole a été donnée à l’homme pour dissimuler sa pensée » disait Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord.

Si vous souhaitez exposer vos armoiries sur un bien immobilier, il sera visible de tous. Souhaitez-vous que votre devise (qui est quelque chose d’intime) soit exposée ?

Une devise a souvent pour but d’encourager. Que ce soit vos descendants ou vos partisans. Les mots que vous avez choisis et assemblés, ont quelque chose de magique. Je ne pense pas que cela soit utile de les exposer à vos ennemis.

Citons quand même, pour finir sur ce sujet, quelques superbes devises des soldats Français, que vous pouvez retrouver ici. Citons entre autres :

« Il n’est de richesse que d’hommes. »
Batterie Belledonne, 3e d’artillerie de montagne
« Le Diable rit avec nous. »
Troupes aéroportées
« In cauda venenum. » (Dans la queue, le venin.)
Compagnie de combat des Scorpions, 3e du 2e Régiment d’infanterie (RI) de Marine

Il y en a bien d’autres. Elles sont sensationnelles. Du reste, n’oublions jamais que ce sont ces devises qui ont empli le cœur de nos soldats lors de leur ultime acte de bravoure. Ce sont ces devises et ces insignes qui les ont inspirés pour aller au bout d’eux-mêmes. C’est souvent la dernière chose que leurs yeux ont vu. Il s’agit là d’un patrimoine absolument sacré.

Les conseils d’un professionnel

Si le blason est pour un usage professionnel (même pour aller sur une simple carte de visite) : oui. Si c’est pour un usage strictement privé : pas forcément.

Mon activité mercantile de création et rénovation de blason est terminée. Mais si vous souhaitez des conseils sur la création ou la rénovation d’un écu, je serai ravi de vous aiguiller autour d’une invitation au restaurant (croquis offert).

Si par la suite, vous désirez faire faire une belle image qui puisse être reproduite, je vous orienterai vers la personne avec qui je travaille pour les créations sur ordinateur.

Le mot de la fin, n’oubliez pas que de tous les héritages que vous transmettrez à vos enfants et/ou à vos partisans, une petite image ou une petite devise, seront peut-être les legs qui resteront le plus.

Antoine PAUGAM

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