La Rochejaquelein, ou le triomphe de la vertu


Pas un manuel scolaire ne cite son nom. Pas une statue ne commémore celui qui pendant plusieurs mois a mené une véritable guérilla contre la République irréligieuse en Vendée. Pas un seul politicien ne l’a cité au cours d’une de ces insupportables logorrhées auxquelles on voudrait nous habituer.

Ici, nous célébrons la mémoire de Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein, né en 1772, au château de La Durbelière, près de Bressuire. C’est une mémoire bafouée par l’Histoire, justement parce qu’elle est immortelle.

Le 26 septembre 1895, qui est un jeudi, une foule de vingt-mille personnes afflue à Saint-Aubin-de-Baubigné, dans le Nord du Poitou1. Ils se rassemblent pour ériger un bronze monumental à l’effigie de Henri de La Rochejaquelein (image ci-dessous). La journée avait bien commencé. À dix heures se déroulait la messe solennelle présidée par monseigneur Catteau, évêque de Luçon, monseigneur Pelgé, évêque de Poitiers, et monseigneur de Cabrières, évêque de Montpellier.

Ce dernier prononça l’oraison funèbre de Monsieur Henri. Un grand banquet fut offert par le marquis de La Rochejaquelein aux personnes qui avaient souscrit pour la statue, aux familles présentes, au clergé venu de toutes les paroisses environnantes ainsi qu’à leurs ouailles qui avaient afflué à l’annonce de l’événement.

Dans l’après-midi on inaugura en grande pompe la statue réalisée par le Prix de Rome 1859, Alexandre Falguière. Du haut de ses deux mètres quinze la statue domine la campagne.

Elle représente le jeune général vendéen debout, avec ce regard d’aigle qu’il eut toujours, la main sur la garde de son épée, le scapulaire du Sacré-Cœur sur la poitrine et dans une attitude de commandement. L’œuvre, plébiscitée par la presse locale pour sa qualité et son audace, insiste sur le courage et sur la droiture de ce Vir Luminae (sic. homme des Lumières) qui n’avait que vingt ans quand, le 16 avril 1793, des paysans de Mauléon vinrent le chercher pour qu’il prenne la tête de leur armée.

Pourtant, rien ne prédestinait Henri au destin qu’il a eu. Il était un timide maladif, comme le raconte la marquise de La Rochejaquelein dans ses Mémoires. Mais sur le champ de bataille, un autre Henri se dévoilait. Combatif, il ne passait pas par quatre chemins pour écraser l’adversaire. Il défiait au corps-à-corps tous ceux qu’il avait, par chance, raté au pistolet.

Le général républicain Jean-Baptiste Kléber écrit que Henri était d’une valeur brillante et conduisait très bien une action. Ce talent, Henri le doit à son passage à l’école militaire de Sorèze, de 1782 à 1785, qui lui permit d’intégrer le régiment de cavalerie Royal-Pologne. Henri n’était pas n’importe qui.

C’était un noble comme il y en avait encore dans le royaume de France en ce siècle. Il faut rappeler que lors de la prise des Tuileries, en 1792, Henri combattait au côté des gardes suisses de Louis XVI. Il en prit son parti.

La marquise de La Rochejaquelein rapporte ces mots qu’il avait eus en partant à Paris : « Pourquoi veut-on que je sois un général ? Je ne veux être qu’un hussard, pour avoir le plaisir de me battre2. » Indubitablement Henri incarnait autre chose que des Lumières aseptisées de toute croyance et de tout salut.

Il faisait le triomphe de la vertu : fort dans la bataille, bienveillant avec tous, amoureux inconditionnel de la Patrie et pieux catholique. N’en déplaise aux salons parisiens de madame Geoffrin et du prince de Conti, Henri fut un Spartiate qui croyait en un Dieu miséricordieux et fraternel.

Pour conclure, voici un texte qui évoque l’héroïsme du marquis. Il s’agit de la Cantate de Saint-Aubin-de-Babigné, écrite en 1900 :

S’il est un lieu des plus sublimes
Sur notre sol,
Où l’Honneur qui cherche les cimes
Fixe son vol ;
Où dans le sang la foi trempée
Prit comme un bain
Aux jours de la grande épopée,
C’est Saint-Aubin !
C’est là qu’un château, du seizième
Gardant le sceau,
Des La Rochejaquelein même
Fut le berceau.

Bibliographie

  • Chabot (de), Françoise. Henri de La Rochejaquelein, généralissime des Armées catholiques et royales (1772-1794), première édition, 1889.
  • Deluguet, Marie-Claire. Henri de La Rochejaquelein, le chevalier-enfant. Maulévrier, Hérault, 1988.

Iconographie

Le modèle en plâtre du Monsieur Henri de Falguière se trouve aujourd’hui au Musée des Augustins de Toulouse. C’est le même cas de figure pour le Pardon de Bonchamps, dont l’épreuve est soigneusement conservée au Musée d’art et d’histoire du Choletais.

Sculpté par David d’Angers, le marbre avait été commandé par le roi Louis XVIII en 1826, en hommage à ce général vendéen mort en libérant des prisonniers républicains après la déroute des Vendéens à la bataille de Cholet. En 2011 l’association historique du Souvenir vendéen la commune de Saint-Aubin-de-Baubigné (désormais commune associée à Mauléon) ont déplacé le bronze monumental sur le giratoire de Nueil-les-Aubiers, à l’Est de la commune, au lieu où Henri remporta sa première grande victoire sur les républicains, le 18 avril 1793.

Le Souvenir Vendéen contribue à la recherche historique sur les guerres de Vendée. Dans ses travaux, il met en avant les hommes et les femmes qui s’y sont illustrés.

Alexandre Falguière, Monsieur Henri, bronze, 1895, Mauléon, Deux-Sèvres, Saint-Aubin-de-Baubigné. © Vendéens & Chouans

Portrait de Henri de la Rochejaquelein extrait de l’édition de 1809 des Guerres de Vendée de Beauchamp. © Château de Pugny

Notes


1 – « Une statue et une chanson pour Henri de La Rochejaquelein », Nicolas Delahaye, Le Souvenir Vendéen, 26 septembre 2017.

2 – Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires de Madame la marquise de la Rochejaquelein, 6e édition, 1848, p. 151-152

3 – François de Saint-Mesmin, Cantate de Saint-Aubin-de-Baubigné, in « Revue du Bas-Poitou », 1900.

Florestan GOBE

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