La notion de tolérance dans la guerre des mots


A force de tout voir, on finit par tout supporter. A force de tout supporter on finit par tout tolérer. A force de tout tolérer, on finit par tout accepter. A force de tout accepter, on finit par tout approuver.

Saint-Augustin d’Hippone (354-430)

S’il est une notion que l’on voit employée à tort et à travers, mais avec une constance épuisante, c’est bien celle de la tolérance. Dressée tel l’étendard du progressisme, elle semble être le viatique qui doit nous conduire vers le paradis du vivre-ensemble. Tout le monde la proclame comme ultime vérité et se présente comme son défenseur le plus acharné. Mais en définitive, qu’est-ce que la tolérance ?

Tout d’abord, prenons quelques exemples courant: « Tu es intolérant. », « Ils ont dépassé ma tolérance au bruit. », « Il y a une marge d’erreur tolérée par l’Etat. », « Le délai de tolérance est fixé jusqu’à mardi. », « J’ai une intolérance au gluten. », « Je tolère votre présence. »

Étymologiquement la tolérance vient du latin tolerare ou tolerentia, qui se traduit par supporter dans le premier cas et par endurance, patience ou résignation dans le second. Le champ lexical employé est manifestement péjoratif. Il évoque le fait de subir une situation.

Les notions de plaisir ou de liberté y sont absentes, car si l’on tolère un état de fait, c’est que l’on subit quelque chose de désagréable que l’on n’a pas choisi. Cela signifie également que les efforts pour quitter cet état de fait paraissent trop importants pour être mis en œuvre.

On retrouve cette impression pesante dans chacune des propositions ci-dessus, exception faite de la première. Dans chacune, il s’agit d’une situation qui n’est pas idéale, qui est subie par l’intéressé, et qui pourrait être mieux.

En substrat, la tolérance implique la désapprobation d’une situation donnée contre laquelle on ne peut rien. On s’étonne donc qu’une telle notion soit présentée comme une valeur absolue par nos opposants politiques.

Le dictionnaire Larousse définit la tolérance comme « l’attitude [portée par] quelqu’un qui admet chez les autres des manières de penser différentes des siennes propres ». On voit bien que le sens a évolué. Pourquoi le choix de ce mot par nos adversaires ? Derrière la suite de lettre vidée de sens, il y a autre chose. Ce n’est pas la tolérance qu’ils prônent : c’est l’acceptation, l’admission.

Les nouveaux sens du mot « tolérance »

Ici, ce n’est pas les admettre ou les accepter comme des faits établis contre lesquels on ne peut rien. Non, il s’agit ici de les accepter ou de les admettre comme des vérités d’égales valeurs aux siennes. Le droit de désapprouver a disparu, car désapprouver serait être intolérant.

Mais pourquoi ont-ils changé la signification de la tolérance ? Tout simplement parce qu’ils savent qu’un changement trop brusque ne serait pas accepté. S’ils demandent à la population d’accepter une autre culture sur le territoire plutôt que de la tolérer, ils se seraient vu opposer un refus.

Par ailleurs, l’homme s’habitue, même au mal, avec une affligeante banalité. Aujourd’hui, le sens de la tolérance tel qu’il est employé, est en train d’évoluer à nouveau, et de passer de l’acceptation à l’approbation. Il faut donc être fier, non pas d’être intolérant, mais tout du moins de ne pas être tolérant.

Guillaume PEGUY

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