108e pèlerinage de Saint-Anne-d’Auray


Le traditionnel pèlerinage légitimiste de Saint-Anne-d’Auray, dans le Morbihan, s’est tenu dimanche matin, malgré un contexte sanitaire dégradé par la pandémie de coronavirus. Devant une soixantaine de présents, Pierre Bodin, président de l’Union des cercles légitimistes de France (UCLF) a affirmé un discours monarchiste offensif, selon lequel « Dieu est le vrai roi de France, son lieutenant lui [devant] sa couronne, et non à une pure abstraction que l’on appelle de le peuple ». L’hommage rendu devant le monument d’hommage au comte de Chambord — prétendant légitimiste au Trône de France, à la fin du XIXe siècle — a été suivi d’une messe dans la chapelle expiatoire du Champ des martyrs, à Brec’h.

Historiquement, Saint-Anne-d’Auray se manifeste comme pôle majeur de l’Ouest légitimiste avant même les prétentions du comte de Chambord, se signalant lors de l’insurrection de Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, la duchesse de Berry, en mars 1832. Voisines du pèlerinage de Sainte-Anne, les dames de Vannes et d’Auray s’entendent alors, en pleine conjuration, pour faire dire une messe basse en faveur de la duchesse. Tenue en décembre, elle fait suite à son emprisonnement à Nantes, quelques semaines plus tôt.

Mais c’est véritablement la succession d’un nouveau prétend légitimiste au Trône après la mort de Louis-Antoine d’Artois, duc d’Angoulême, qui donne à Saint-Anne-d’Auray ses lettres de noblesse dans l’imaginaire blanc. En septembre 1844, plusieurs centaines de légitimistes se réunissent en effet pour prier pour le nouveau prétendant, Henri d’Artois, futur comte de Chambord. Le jour de cette cérémonie est choisi en référence à son anniversaire (le 29 septembre) et reconduit annuellement, chaque dernier dimanche de septembre.

Ce choix de date ne varie pas par la suite, le pèlerinage continuant jusqu’à la Première guerre mondiale, puis de manière discontinue ensuite. Précédemment citée, l’érection du monument d’hommage au comte de Chambord après son décès (en 1883) participe aussi à ce maintien d’une forte sympathie légitimiste dans le Morbihan. L’initiateur de cette œuvre statuaire est Athanase de Charette de La Contrie, ancien zouave pontifical, d’illustre famille, qui crée pour ce faire une « Société de Saint-Henri ».

Bâti entre 1889 et 1891, ce monument fait suite à une tentative infructueuse de stèle commémorative à Legé, commune du Pays de Retz, en Loire-Inférieure (actuelle Loire-Atlantique). Il repose sur un piédestal en granit de plusieurs mètres de hauteur, où est installé la statue sommitale en bronze du prétendant au Trône, figuré en roi Henri V, vêtu du manteau de sacre et un genou à terre. La présence à ses côtés d’un ensemble statuaire associant au prétendant de grandes figures historiques (Jeanne d’Arc, Pierre Terrail de Bayard, Bertrand du Guesclin et Geneviève de Paris) donne naturellement un lustre nouveau au pèlerinage annuel des légitimistes bretons.

La hausse de fréquentation de ces rassemblements qui s’ensuit attire d’ailleurs l’attention des autorités. Ainsi, la Police surveille discrètement les rassemblements, notant qui en sont les meneurs. Des arrestations ponctuelles poussent les participants à ruser : régulièrement, des maisons de planches sont bâties, pour qu’il ne puisse pas être reproché que la manifestation s’effectue sur la voie publique.

Hésitations du clergé, entrisme de l’Action française

La progressive érosion de la dynamique légitimiste change cependant la nature du pèlerinage de Saint-Anne. Progressivement, les rassemblements annuels sont pris en charge par l’Action française (AF) — et donc, par des militants tenant davantage de l’orléanisme — ce qui, au reste, ne change rien à l’affluence des participants. Bien au contraire, celle-ci croît chaque année, au point d’atteindre jusqu’à huit mille personnes.

Paradoxalement, le clergé local s’inquiète de l’ampleur nouvelle du pèlerinage. Inquiété en particulier par un discours d’Antoine Schwerer, meneur lorientais de l’AF, il tente d’interdire ces rassemblements. Les participants n’en font rien, excités qui plus est par la séparation des Églises et de l’État.

Ils en viennent même aux mains. En 1906, sept mille d’entre eux, dont beaucoup armés de fourches protègent la basilique et le monument, contre les « républicains ». L’affaire prend une ampleur nationale, remontant jusqu’au président du Conseil, Georges Clemenceau, qui met à l’index le « spectre d’une nouvelle chouannerie incarnée par ces milliers de Bretons réunis en bataille sur la plaine d’Auray ».

Loin de dissuader les légitimistes, les épreuves de la Fusion puis du Ralliement ne changent rien à l’organisation, année après année, du pèlerinage de Saint-Anne. Ceux-ci changent juste de prétendant, se recueillant devant le comte de Chambord tout en refusant de se soumettre au duc d’Orléans et en soutenant la cause du duc de Madrid, Charles de Bourbon : Charles VII pour ses partisans. La Première guerre mondiale donne certes un premier coup au pèlerinage, temporairement abandonné, repris par l’AF, puis interdit et oublié durant un demi-siècle, jusqu’à l’émergence d’un mouvement néo-légitimiste suscité par le centenaire de la disparition du comte de Chambord, en 1983.

Gauthier BOUCHET

L’art, un vol élitiste


Est-il un sujet, parmi tous ceux ayant été abandonné au bon vouloir de nos élites intellectuelles, plus difficile à appréhender et à se réapproprier que celui de l’art ? A l’ère du relativisme, les absolus et les canons de beauté n’ont pas bonne presse, et tenter de les défendre fait courir le risque de passer pour un béotien aux yeux du monde civilisé. Osons prendre ce risque, puisqu’après tout l’avis d’un homme de peu de goût n’a que la valeur que l’on est prêt à lui conférer.

L’art est avant tout un langage, un mode d’expression que l’artiste utilise pour transmettre sa perception de ce qui l’entoure. C’est également un langage, en ce que l’art répond à des codes et à des canons qui viennent informer le contemplateur et qui lui permettent de rattacher une œuvre à un courant artistique, à une école définie.

Historiquement, l’art a toujours eu tendance à recopier le réel afin de transcrire fidèlement le monde qui nous entoure. L’arrivée de la photographie au milieu du XIXe siècle rend cette évolution caduque. L’artiste a dû se réinventer afin de conserver son rôle dans la société.

C’est ainsi que certains sophistes vont lui conférer un rôle mystique, celui d’un être ayant accès au monde idéal, et chargé de nous partager ses lumières. Ainsi, quel que soit le résultat, l’art ne peut désormais plus faire l’objet de la moindre critique se voulant objective.

Le cheminement personnel de l’artiste, son passé, ses combats sociaux, vont peu à peu se substituer à l’analyse artistique de l’œuvre dans la présentation générale de celle-ci. Plus l’œuvre est incomprise, plus l’artiste est génial. Plus l’artiste a de détracteur, plus l’œuvre a de valeur.

Afin de conserver ce mysticisme et de maintenir cette illusion, l’artiste doit repenser son œuvre à chaque instant : c’est désormais ainsi que l’art évolue, non plus dans une recherche d’excellence ou de perfectionnement, mais simplement par opposition à ce qui s’est fait précédemment. L’art n’est plus une œuvre, mais un simple raisonnement sur l’art.

Si une création ni choque ni ne bouleverse, les quelques intellectuels auto-proclamés gardiens de la culture la rejettent d’un revers de main et des discussions mondaines. Les différents courants ne répondent donc plus à une progression, mais seulement à un flot incessant de changement, que certains appellent le progrès.

Art pour tous, ou art pour personne ?

De ces réflexions en découlent d’autres. Si l’art est un langage, il faut en posséder les codes afin de le comprendre. Et si ces codes ne sont pas partagés par tous, alors l’art n’est pas accessible à tous, mais jalousement conservés par une méprisable élite se réclamant du progrès : il n’est alors, au fond, accessible à personne, ou presque.

Il ne reste aux ignorants qu’à faire confiance à ceux qui savent, à ceux qui sont éclairés, à ceux qui partagent cette connaissance. Où peut-on apprendre ces codes ? Certaines villes ne possèdent qu’un seul musée au sein duquel on ne peut observer qu’un seul courant artistique.

Il faut repenser ces musées, afin de leur donner une dimension pédagogique, faisant passer le contemplateur d’une ère artistique à une autre, en lui permettant de suivre l’évolution chronologique de l’art. Et, de temps en temps, osons rappeler que les artistes ne sont pas des êtres à part, et que lorsqu’une œuvre est laide, le dire n’est pas manquer de culture, mais plutôt savoir observer. Peut-être qu’aux yeux de certains, les sens sont devenus trop vulgaires pour apprécier une œuvre d’art…

Guillaume PEGUY

La Rochejaquelein, ou le triomphe de la vertu


Pas un manuel scolaire ne cite son nom. Pas une statue ne commémore celui qui pendant plusieurs mois a mené une véritable guérilla contre la République irréligieuse en Vendée. Pas un seul politicien ne l’a cité au cours d’une de ces insupportables logorrhées auxquelles on voudrait nous habituer.

Ici, nous célébrons la mémoire de Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein, né en 1772, au château de La Durbelière, près de Bressuire. C’est une mémoire bafouée par l’Histoire, justement parce qu’elle est immortelle.

Le 26 septembre 1895, qui est un jeudi, une foule de vingt-mille personnes afflue à Saint-Aubin-de-Baubigné, dans le Nord du Poitou1. Ils se rassemblent pour ériger un bronze monumental à l’effigie de Henri de La Rochejaquelein (image ci-dessous). La journée avait bien commencé. À dix heures se déroulait la messe solennelle présidée par monseigneur Catteau, évêque de Luçon, monseigneur Pelgé, évêque de Poitiers, et monseigneur de Cabrières, évêque de Montpellier.

Ce dernier prononça l’oraison funèbre de Monsieur Henri. Un grand banquet fut offert par le marquis de La Rochejaquelein aux personnes qui avaient souscrit pour la statue, aux familles présentes, au clergé venu de toutes les paroisses environnantes ainsi qu’à leurs ouailles qui avaient afflué à l’annonce de l’événement.

Dans l’après-midi on inaugura en grande pompe la statue réalisée par le Prix de Rome 1859, Alexandre Falguière. Du haut de ses deux mètres quinze la statue domine la campagne.

Elle représente le jeune général vendéen debout, avec ce regard d’aigle qu’il eut toujours, la main sur la garde de son épée, le scapulaire du Sacré-Cœur sur la poitrine et dans une attitude de commandement. L’œuvre, plébiscitée par la presse locale pour sa qualité et son audace, insiste sur le courage et sur la droiture de ce Vir Luminae (sic. homme des Lumières) qui n’avait que vingt ans quand, le 16 avril 1793, des paysans de Mauléon vinrent le chercher pour qu’il prenne la tête de leur armée.

Pourtant, rien ne prédestinait Henri au destin qu’il a eu. Il était un timide maladif, comme le raconte la marquise de La Rochejaquelein dans ses Mémoires. Mais sur le champ de bataille, un autre Henri se dévoilait. Combatif, il ne passait pas par quatre chemins pour écraser l’adversaire. Il défiait au corps-à-corps tous ceux qu’il avait, par chance, raté au pistolet.

Le général républicain Jean-Baptiste Kléber écrit que Henri était d’une valeur brillante et conduisait très bien une action. Ce talent, Henri le doit à son passage à l’école militaire de Sorèze, de 1782 à 1785, qui lui permit d’intégrer le régiment de cavalerie Royal-Pologne. Henri n’était pas n’importe qui.

C’était un noble comme il y en avait encore dans le royaume de France en ce siècle. Il faut rappeler que lors de la prise des Tuileries, en 1792, Henri combattait au côté des gardes suisses de Louis XVI. Il en prit son parti.

La marquise de La Rochejaquelein rapporte ces mots qu’il avait eus en partant à Paris : « Pourquoi veut-on que je sois un général ? Je ne veux être qu’un hussard, pour avoir le plaisir de me battre2. » Indubitablement Henri incarnait autre chose que des Lumières aseptisées de toute croyance et de tout salut.

Il faisait le triomphe de la vertu : fort dans la bataille, bienveillant avec tous, amoureux inconditionnel de la Patrie et pieux catholique. N’en déplaise aux salons parisiens de madame Geoffrin et du prince de Conti, Henri fut un Spartiate qui croyait en un Dieu miséricordieux et fraternel.

Pour conclure, voici un texte qui évoque l’héroïsme du marquis. Il s’agit de la Cantate de Saint-Aubin-de-Babigné, écrite en 1900 :

S’il est un lieu des plus sublimes
Sur notre sol,
Où l’Honneur qui cherche les cimes
Fixe son vol ;
Où dans le sang la foi trempée
Prit comme un bain
Aux jours de la grande épopée,
C’est Saint-Aubin !
C’est là qu’un château, du seizième
Gardant le sceau,
Des La Rochejaquelein même
Fut le berceau.

Bibliographie

  • Chabot (de), Françoise. Henri de La Rochejaquelein, généralissime des Armées catholiques et royales (1772-1794), première édition, 1889.
  • Deluguet, Marie-Claire. Henri de La Rochejaquelein, le chevalier-enfant. Maulévrier, Hérault, 1988.

Iconographie

Le modèle en plâtre du Monsieur Henri de Falguière se trouve aujourd’hui au Musée des Augustins de Toulouse. C’est le même cas de figure pour le Pardon de Bonchamps, dont l’épreuve est soigneusement conservée au Musée d’art et d’histoire du Choletais.

Sculpté par David d’Angers, le marbre avait été commandé par le roi Louis XVIII en 1826, en hommage à ce général vendéen mort en libérant des prisonniers républicains après la déroute des Vendéens à la bataille de Cholet. En 2011 l’association historique du Souvenir vendéen la commune de Saint-Aubin-de-Baubigné (désormais commune associée à Mauléon) ont déplacé le bronze monumental sur le giratoire de Nueil-les-Aubiers, à l’Est de la commune, au lieu où Henri remporta sa première grande victoire sur les républicains, le 18 avril 1793.

Le Souvenir Vendéen contribue à la recherche historique sur les guerres de Vendée. Dans ses travaux, il met en avant les hommes et les femmes qui s’y sont illustrés.

Alexandre Falguière, Monsieur Henri, bronze, 1895, Mauléon, Deux-Sèvres, Saint-Aubin-de-Baubigné. © Vendéens & Chouans

Portrait de Henri de la Rochejaquelein extrait de l’édition de 1809 des Guerres de Vendée de Beauchamp. © Château de Pugny

Notes


1 – « Une statue et une chanson pour Henri de La Rochejaquelein », Nicolas Delahaye, Le Souvenir Vendéen, 26 septembre 2017.

2 – Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires de Madame la marquise de la Rochejaquelein, 6e édition, 1848, p. 151-152

3 – François de Saint-Mesmin, Cantate de Saint-Aubin-de-Baubigné, in « Revue du Bas-Poitou », 1900.

Florestan GOBE

L’homme, mesure de toute chose ?


« L’homme est la mesure de toute chose : de celles qui sont du fait qu’elles sont ; de celles qui ne sont pas, du fait qu’elles ne sont pas. » écrit le penseur thrace Protagoras (481-411 avant Jésus-Christ) selon une citation incluse dans le Théétète de Platon. Depuis l’Antiquité, deux grandes écoles, deux courants de pensées s’opposent sur ce sujet : le sophisme d’un côté et la philosophie de l’autre, le premier permettant à la seconde de s’affiner afin de s’approcher toujours plus de la vérité.

Savoir que l’on ne sait rien est le fondement de toute construction de pensée, mais elle ne doit pas en être la fin. La philosophie est l’amour de la sagesse, et l’on attend du philosophe qu’il nous l’enseigne, dans cette vaste quête du bonheur, ou tout du moins l’on attend qu’il nous guide afin que nous puissions l’atteindre. Le sage est celui auprès de qui l’on vient prendre conseil lorsque le moment est venu de faire un choix, et éclairé par son enseignement, le choix doit devenir limpide, et l’option la plus à même de produire un bien à notre profit doit apparaître clairement.

La liberté découle de la vérité, et non l’inverse. La liberté consiste avant tout dans la capacité à faire un choix, à exprimer son libre-arbitre. Mais pour effectuer un choix, il faut connaître les différentes propositions, ainsi que leurs qualités essentielles. Il ne peut y avoir de choix autrement, et donc de liberté.

Prendre une décision sans connaître la vérité derrière les différents choix, n’est pas choisir, c’est tirer au sort en espérant que cela soit le meilleur bien possible. Un enfant à qui l’on propose un sachet de friandises ou le moyen d’en acquérir plusieurs a besoin d’un guide qui lui enseigne la vérité derrière ce moyen. De même, il a besoin qu’on lui dise que trop de friandises n’est pas bon pour la santé. Son désir du sachet le lui présente comme un bien, mais n’en fait pas un bien pour autant. La perception que l’on peut avoir des choses et des gens n’influe pas sur leur réalité. Admirer un dictateur ne crée par une nouvelle réalité où cette personne devient un héros. Un meurtrier reste un meurtrier, quel que soit le nom qu’on lui donne.

Ainsi, le philosophe se rapporte perpétuellement au réel, tandis que le sophiste se rapporte à sa propre opinion. La vérité existe indépendamment d’eux, et ce qui les distingue est précisément cet amour de la sagesse qui pousse le philosophe à la rechercher. Savoir que la vérité existe pousse l’homme à la trouver, tandis que se penser détenteur d’une certaine vérité ne pousse pas à approfondir la réflexion.

L’homme ne peut être la mesure de toute chose puisque les choses sont ou ne sont pas, indépendamment de celui-ci. Est-il plus grande arrogance que de n’appréhender le monde qu’à l’aulne de sa seule perception ? Comment le comprendre si l’on n’en recherche pas le sens ? Comment le respecter et l’aimer s’il se conforme nécessairement à sa propre volonté ? Avoir une opinion ne constitue pas une vérité, car l’homme réel est imparfait et sujet à l’erreur. Trouver quelque chose bien, beau ou vrai ne lui donne ni ne lui ôte aucun de ces caractères. Cette question renvoie à l’individualité, mais la réalité ne dépend pas de l’individu. L’homme est et les choses sont.

Guillaume PEGUY

Avec We race as one, la F1 perd son âme


Décidément, l’année 2020 aura été l’année où le monde entier sera devenu fou. La Formule 1 était encore un de ces sports qui n’était pas encore atteint par ce sida mental qui imprègne nos sociétés contemporaines : j’ai nommé l’égalitarisme, le politiquement correct, la bien-pensance. La F1 était ce drôle de sport où des gladiateurs des temps modernes s’affrontaient sur un circuit, et tournaient en rond depuis des décennies pour être le premier…

Qu’on se le dise. Ce We race as one n’est ni plus ni moins qu’une vaste entreprise de subversion pour politiser la F1 et, en vérité, tuer notre sport à terme. Le numéro 44 aura a donc sonné la charge pour impliquer la F1 avec les Black lives matter (BLM, Les vies noires comptent). Malgré la protestation des fans, personne parmi les instances de la F1 n’a pu s’opposer à ce raz-de-marée médiatique, et l’hystérie collective s’est emparée du paddock, qui s’est alors drapé de magnifiques drapeaux lesbien, gay, bi et trans.

Pour les belles âmes, la F1 était un totem à abattre, et ils sont en passent d’y parvenir. J’entends alors parler « d’inclusivité » « d’égalité » « de lutte contre le racisme ». Ce sont autant de concepts qui me laissent pour le moins perplexe.

Parlons d’abord d’inclusivité et d’égalité. Deux notions qui sont antinomiques avec l’esprit de la course automobile. Sur un circuit, seul les meilleurs, les plus forts, les plus intelligents sont récompensés. Les minus, les losers, les pleutres, sont écrabouillés … et c’est formidable. La F1, ce n’est pas l’égalité, mais l’excellence. L’égalité dans le sport finira toujours sur la route de la médiocrité et à la prime au moins méritant.

L’excellence partout, tout le temps : c’est cela la Formule 1, du choix du pilote à la moindre pièce de carbone. Vous verrez que si cela continue, la Formule 1 finira par adopter des quotas basés sur le « sexe », « la race » ou tout autre élément de la population considéré comme « discriminé ». Or, comme l’excellence et la discrimination sont à la base de la Formule 1, discriminer, c’est choisir, et ici comme dans la vie réelle, on choisit toujours le meilleur.

Ce sport est un vaste écosystème darwinien, où seuls les plus gros poissons subsistent. Ceux qui veulent changer cela n’ont soit pas compris l’essence de ce sport – et alors, ils feraient mieux de rester regarder le football – soit ils en ont pleinement conscience, et alors il faut les arrêter à tout prix avant qu’il ne soit trop tard.

Parlons du racisme à présent. Là-aussi, la Formule 1 a commis le crime de lèse-majesté. Ce sport a eu le malheur d’avoir été créé par des hommes occidentaux. Un sport de « white male toxic » en somme, où des gentlemen ont décidé au sortir de la Deuxième guerre mondiale de dépenser leur argent pour des sensations fortes. Puis, les machines sont devenues de plus en plus sophistiquées, et la discipline a commencé à brasser énormément d’argent.

Des légendes ont émergé : Lauda, Stewart, Prost, Senna, Balestre, Ecclestone, Schumacher et même Hamilton ! Le sport artisanal est devenu un sport d’élite, un sport d’exception. Alors, oui ! Dans ce tableau, il y a beaucoup d’hommes blancs, et alors ? Il y a beaucoup – et c’est peu dire – d’hommes noirs chez les sprinteurs, les meilleurs basketteurs sont noirs, la France, avec une équipe presque intégralement composée d’individus noirs a peut-être gagné le plus prestigieux des trophées sportifs en 2018.

Mais alors, l’homme blanc devrait donc toujours s’effacer sur l’autel de l’égalité et de l’antiracisme ? Les plus belles voitures sont le fruit du génie des hommes blancs, Enzo Ferrari, Steve Nichols, Adrian Newey et tant d’autres… serait-ce inacceptable ? Ça aussi il faudrait aussi l’effacer ? Le renier ? Faudrait-il s’excuser d’avoir créé de telles merveilles ? Où va nous mener cet ethnomasochisme ? Pour quelle raison les instances de la Formule 1 posent-t-elle leur genou et s’excusent ainsi aujourd’hui ?

Non seulement la F1 n’a pas à s’excuser, mais elle est même à mon sens exemplaire en matière de diversité. Quel sport peut se targuer de faire le tour du monde aujourd’hui ? La Formule 1 est peut-être le sport le plus mondialisé actuellement. A quoi rime ce zêle ?

Chaque année, les fans peuvent découvrir des paysages du monde entier en profitant de panoramas époustouflant en Asie, en Europe, en Amérique du Sud et du Nord ! L’Afrique ? Le championnat est déjà passé sur ce continent par le passé, et ce serait pour notre plus grand plaisir s’il pouvait y retourner dans les prochaines années. Il suffit d’avoir un circuit homologué et les investissements nécessaires. La Hollande et le Viêt-Nam l’ont bien fait ces derniers temps, pourquoi pas un pays africain ? En tout cas, n’allez pas y chercher une quelconque trace de racisme fantasmé.

Concernant les pilotes, que ce soit en F1 ou dans les catégories inférieures, on trouve des jeunes et des moins jeunes de toutes les nationalités. La Formule 1 a-t-elle fait preuve de racisme, en promouvant le thaïlandais Albon chez Redbull tout en dégradant un blanc bien de chez nous comme Gasly ? La Formule 1 a-t-elle fait preuve de racisme en permettant à un noir de battre quasiment tous les records de la discipline en la personne de Lewis Hamilton ?

Le plateau de la catégorie reine du sport automobile n’est pas moins diversifié que beaucoup d’autres sports. Mais évidemment, cette diversité-là ne suffisait pas, et elle n’était pas celle des lobbies. Il y a une chasse aux sorcières, une offensive progressiste menée contre ce sport. Alors, je veux bien tout ce qu’on veut, je veux même bien voir une équipe africaine émerger, mais qu’elle se donne autant de moyens qu’un constructeur comme Honda, qui a su trouver sa place, sans se plaindre, mais en travaillant comme des acharnés, et gagner de nombreux championnats à la sueur du front des ingénieurs de Sakuza et non pas sur un plateau d’argent comme cela semble se profiler pour les années qui viennent.

Alors, que faire ? Se retirer sous sa tente ? Boycotter ? Se mettre au MotoGP, comme beaucoup l’ont déjà fait, mais pour d’autre raisons ? Je peux finalement encore prendre un peu sur moi-même, car il serait trop simple de renoncer. Ce n’est pas à ces gens qui ne connaissent rien à ce sport de dicter leur agenda politique. J’ai assez des artistes et des articles du Monde ou de France Télévision pour me donner des leçons.

Il serait trop simple de renoncer alors que certains pilotes et non des moindres ont décidé de s’exposer personnellement. Il s’agit notamment du néerlandais Max Verstappen, de l’espagnol Carlos Sainz Jr, du russe Daniil Kvyat, de l’italien Antonio Giovinnazi, du monégasque Charles Leclerc et enfin du «ice man », Kimi Raikkonnen qui n’allait pas s’émouvoir pour si peu.

Ces hommes ont eu le courage d’affronter la potentielle vindicte médiatique. En préservant leur honneur, ils ont préservé celui de leur sport pour lequel ils ont déjà tout donné. Ces six immenses pilotes ont tenu la seule position qui vaille : Lutter contre le racisme, bien sûr. Crier avec les loups en perdant sa dignité, jamais. On saura peut-être un jour ce qu’il s’est dit juste avant ce moment entre les pilotes pour savoir s’il fallait se mettre à genoux ou non.

Tenir tête aux Black lives matter

Dans tous les cas, il est extrêmement encourageant de voir que des jeunes pilotes qui pourront lutter pour le titre dans les mois qui viennent et qui sont extrêmement populaires comme Verstappen ou Sainz aient pu tenir tête aux quatorze autres pilotes et notamment au triste sire, Lewis Hamilton. Ce dernier a franchi une nouvelle étape ce dimanche, en arborant un t-shirt Black Lives Matters.

Il a alors fait montre de son militantisme, ce qui ne devrait jamais arriver sur une piste de Formule 1, pour ce mouvement terroriste aux trois quarts, et qui nous promet une société totalitaire. Il ne le sait peut-être pas encore, mais cela, la majorité silencieuse des fans de F1 ne lui pardonnera jamais pour cet affront. Car j’ai vu les commentaires sous les publications de la page Formula 1, et ils saluent dans une unanimité presque général l’attitude des six pilotes restés debout, tout en dénonçant dans le même temps celle déplorable et méprisable du sextuple champion du monde britannique.

Oui, nous ne sommes pas seuls, et nous ne voulons pas voir notre magnifique discipline sombrer pour promouvoir injustement des éclopés au pinacle du sport automobile. A présent, il ne faudra jamais s’habituer, toujours critiquer. Alors, peut-être que l’hystérie collective passera, que les sponsors se lasseront, notamment sous la pression des consommateurs de l’Est.

D’ailleurs, en guise de conclusion je dirai que notre salut viendra sûrement de l’Est. Tous ces mouvements égalitaristes, antiracistes, en un mot décadents, sont une spécificité de nos civilisations occidentales à bout de souffle. Il est évident que les consommateurs d’Orient et d’Extrême-Orient ne voudront pas de cette chouinerie ambiante et permanente qui se développe dans nos contrées. Ils voudront des modèles forts et virils.

De surcroit, le sport automobile est un sport d’innovation. Les lycéens chinois font des robots en classe, pendant que nous manifestons pour le climat ou que nous nous allumons la gueule au protoxyde d’azote… Alors autant vous dire que les constructeurs devront faire déménager leurs souffleries !

Enfin, je dirai que cette mutation quasiment instantanée de la F1 est un cas d’école de l’échec de notre camp, appelez-le comme vous voulez, la droite, la droite nationale, la droite conservatrice… à imprimer même dans un milieu qui nous semblait acquis. Il aura suffi d’une pichenette, d’une simple déclaration de Hamilton, pour que tout le microcosme de la F1 se mette au garde à vous devant les canons progressistes.

Cela en dit long sur la puissance de feu colossale de nos ennemis, et, finalement, sur le manque de conscience politique de personnalités qui ne semble pas à première vue des militants d’extrême gauche, et qui pourtant se mettent littéralement à plat ventre devant les slogans du camp du Bien. Je ne peux croire qu’un Jean Todt, un Toto Wolff ou un Helmut Marko adhèrent dans la vie de tous les jours à des idées aussi gauchisantes.

Julien GROT

Héraldique, la passion des blasons


Même si vous n’êtes pas d’origine noble, vous pouvez avoir votre propre écu. Comment ? En déposant votre blason à l’Institut national de la propriété intellectuelle (INPI), qui vous dira si, oui ou non, vous pourrez utiliser telle ou telle image.

Quelques mots sur l’origine de l’héraldique

Selon Claude Wenzler, dans Le Guide de l’héraldique : histoire, analyse et lecture des blasons, édité en 2015 chez Ouest-France, « on considère que les premières armoiries véritables apparaissent vers 1130 ». Mais l’auteur a précédemment indiqué que depuis l’Antiquité, « seules les enseignes permettaient d’identifier des groupes de combattants ».

Il est en effet nécessaire de rappeler que l’héraldique provient d’une nécessité militaire, qu’elle est à la fois une science, un art et un langage.

Logos de Ferrari et de Lamborghini

Logos du Stade Français et de Arsenal :

Des blasons, mais pourquoi donc ?

Évidemment, la plupart des gens pensent aux écus des familles. Mais les blasons sont également très présents dans les marques commerciales (Ferrari, Lamborghini, etc…).

Il y a également les blasons des communes, départements, régions, pays. N’oublions pas non plus les associations (notamment les clubs de sports !), qui peuvent utiliser le langage héraldique, les écus sur les demeures, et moult autres cas !

De plus, n’oublions pas que les logos sont une expression moderne de l’héraldique, et que les armoiries sont encore d’actualité dans les insignes militaires.

Logos de Mercedes-Benz et BMW

Armoiries de la Ville de Saint-Malo et de la principauté de Monaco

Anecdotes sur l’héraldique

Voici deux petites histoires pour vous faire esquisser un sourire :

Joël Lergenmuller, hérault professionnel installé à Dinan (35), me disait quand je suis passé le voir : « Ah ! C’est une profession où on rencontre un paquet de gens vaniteux ! ». Alors que chacun sait qu’une famille est une entité très vivante. Pourquoi se vanter de l’écu réalisé par un de ses ancêtres ?

Il est évident que les symboles préférés d’un grand-père Corse, violoniste et monarchiste, ne sont pas forcément les symboles adulés par un petit-fils Basque, forgeron et Bonapartiste ! C’est pourquoi je conseille de réaliser un écu POUR SOI, en priorité.

Quand je faisais les marchés, un monsieur c’est arrêté pour me montrer une chevalière qu’il avait ramassé sur la plage. Fort de mon incroyable savoir, j’ai essayé de déchiffrer le sens des symboles qui étaient sur celle-ci. Mais premièrement, avec le recul (grâce à quelques connaissances glanées depuis) je suis persuadé de m’être trompé sur certains points.

Et deuxièmement, sans une transmission orale ou écrite des aïeux, l’interprétation d’un écu, d’une devise ou autre, peut s’avérer totalement impossible (ou très hasardeuse).

Exemples d’aquarelles

Réinterprétations du logo de Volvo et de Cadillac

Quelques conseils pour un blason

Privilégiez le bouclier rond. Qu’il reste au stade du dessin ou qu’il soit réalisé par vous-même ou un artisan, privilégiez un bouclier rond au bouclier « rectangulaire ».

D’abord d’un point de vue esthétique, parce que le bouclier « rectangulaire » sera toujours un casse-tête concernant les proportions de longueur et largeur. Parce que il existe toute une catégorie de pointes. Qu’ensuite, la pointe, justement, donne un effet « entonnoir » à certaines représentations (empêchant l’artiste de s’exprimer sur toute une partie du bouclier).

Pour finir, c’est une sécurité à de nombreux niveaux. Des marques comme Mercedes-Benz et BMW ont préféré cette forme. Captain America également. Et n’oublions pas notre cocarde.

Ensuite du point de vue de la transmission, sur les boucliers « rectangulaires », il est très facile de faire une erreur quand l’on recopie l’image sur un autre bouclier « rectangulaire » parce qu’il est légèrement différent (proportion, forme de la pointe etc…).

Pour finir d’un point de vue légal, si je prends mon petit « Armorial des principales maisons du royaume » de Pierre-Paul Dubuisson de 1757 réimprimé par les compagnons de Jean de Bonnot, je constate que les armoiries répertoriées sont toutes sous forme « rectangulaire », donc vous aurez plus de chance de faire enregistrer à l’INPI, une image « neuve » sur une forme ronde, car elle était moins usitée par la noblesse.

Il existe bien d’autres formes de boucliers comme le bouclier « triangulaire » (très stylisé) utilisé par Lamborghini, Lancia & Triumph par exemple.

Quelles armes placer derrière mon bouclier ?

Cela dépend pour qui est fait le blason. C’est pourquoi je conseille d’en avoir plusieurs (et au moins un caché du public que l’on transmet en secret à ses héritiers ou partisans).

Je conseille toujours d’utiliser des armes croisées, derrière le bouclier, car la symétrie est un facteur important dans l’héraldique (cela est très agréable à l’œil en effet et cela fait partie du « jeu »).

Selon le message que vous souhaitez transmettre, vous pouvez placer des épées, des haches à double tranchant (francisque), des canons, des tridents, des hallebardes etc…

Faut-il aller jusqu’à ajouter d’autres éléments à l’écu ? Tenants/supports/soutiens ? Cimier ?
Lambrequin ? Etc…

C’est beaucoup de travail de recherches (même si c’est des recherches sur soi-même), cela prend beaucoup de temps, c’est beaucoup d’argent dépensé en modifications ou peaufinages demandés à l’artiste etc…

Je ne conseille pas d’aller sur le terrain des tenants/supports/soutiens tant que on est pas sûr et certain d’avoir un écu qui tienne la route (attendre 1 an ou 2 avant de se lancer dans cette entreprise d’ajouts).

D’autant que certaines « décorations » peuvent faire l’objet de règles légales qui peuvent nécessité les conseils d’un généalogiste pour ne pas faire d’erreur.

Que penser des banderoles portant les devises ?

Si il est bien un élément graphique qui coûte cher et qui soit technique, c’est bien la banderole (et/ou l’emplacement où l’on souhaite exposer la devise/cri de guerre/cri d’armes etc…).

Je déconseille l’usage des banderoles sur les armoiries, dans la grande majorité des cas. Car c’est un objet graphique très fin et aujourd’hui (notamment depuis la révolution de l’art-déco qui est née à Paris en 1925) les mots sont devenus ÉNORMES (sur les affiches publicitaires par exemple)
remplaçant souvent tout autre dessin (une marque comme « Hummer » par exemple, n’a pas de logo).

Si vous souhaitez faire reproduire vos armoiries sur une chevalière (par exemple), une petite banderole avec une fine devise… sera très problématique pour le graveur.

Que penser justement des devises ?

Que penser de la parole, plus globalement ! « La parole a été donnée à l’homme pour dissimuler sa pensée » disait Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord.

Si vous souhaitez exposer vos armoiries sur un bien immobilier, il sera visible de tous. Souhaitez-vous que votre devise (qui est quelque chose d’intime) soit exposée ?

Une devise a souvent pour but d’encourager. Que ce soit vos descendants ou vos partisans. Les mots que vous avez choisis et assemblés, ont quelque chose de magique. Je ne pense pas que cela soit utile de les exposer à vos ennemis.

Citons quand même, pour finir sur ce sujet, quelques superbes devises des soldats Français, que vous pouvez retrouver ici. Citons entre autres :

« Il n’est de richesse que d’hommes. »
Batterie Belledonne, 3e d’artillerie de montagne
« Le Diable rit avec nous. »
Troupes aéroportées
« In cauda venenum. » (Dans la queue, le venin.)
Compagnie de combat des Scorpions, 3e du 2e Régiment d’infanterie (RI) de Marine

Il y en a bien d’autres. Elles sont sensationnelles. Du reste, n’oublions jamais que ce sont ces devises qui ont empli le cœur de nos soldats lors de leur ultime acte de bravoure. Ce sont ces devises et ces insignes qui les ont inspirés pour aller au bout d’eux-mêmes. C’est souvent la dernière chose que leurs yeux ont vu. Il s’agit là d’un patrimoine absolument sacré.

Les conseils d’un professionnel

Si le blason est pour un usage professionnel (même pour aller sur une simple carte de visite) : oui. Si c’est pour un usage strictement privé : pas forcément.

Mon activité mercantile de création et rénovation de blason est terminée. Mais si vous souhaitez des conseils sur la création ou la rénovation d’un écu, je serai ravi de vous aiguiller autour d’une invitation au restaurant (croquis offert).

Si par la suite, vous désirez faire faire une belle image qui puisse être reproduite, je vous orienterai vers la personne avec qui je travaille pour les créations sur ordinateur.

Le mot de la fin, n’oubliez pas que de tous les héritages que vous transmettrez à vos enfants et/ou à vos partisans, une petite image ou une petite devise, seront peut-être les legs qui resteront le plus.

Antoine PAUGAM

Un juste-échange, et de légitimes frontières

Tribune


Dans une tribune diffusée sur les sites du Monde et de France inter le 6 mai dernier, Nicolas Hulot, ancien ministre de la Transition écologique et solidaire, propose ce qui semble être une vision d’ensemble du monde de l’après-coronavirus. Encore ce terme de « vision » est-il sans doute excessif, tant étonne la forme de cette contribution au débat. Il ne s’agit en effet pas d’un texte théorique, mais, en fait, d’une centaine de mesures ; non pas des orientations construites et encore moins novatrices, mais de vagues aphorismes, lieux communs sur à peu près tous les sujets possibles.

L’ensemble dessine la France, l’Europe et l’Humanité d’après la pandémie, pour qui, selon l’auteur, écologue controversé, « le temps est venu » de se repenser en profondeur. Les banalités s’enchaînent : du fait de « poser les premières pierres d’un nouveau monde » à la nécessité de « créer un lobby des consciences », en passant par une évolution vers « des démocraties inclusives ». Rien ne manque dans ce laïus progressiste, orienté à gauche et fortement teinté d’écologie.

Cette prégnance de la thématique écologique dans ce texte de Hulot — après tout conforme au personnage — ne lui donne pas pour autant un enracinement dans un réel quelconque. Cette longue tribune n’est qu’un appel à l’utopie. Totalement hors-sol, elle cumule le fait de n’être pas un texte théorique et de ne suggérer aucune mise en pratique, puisque, ne proposant rien au sens propre.

L’impossible praxis du discours de Hulot, déjà éprouvée en 2007 avec son Pacte écologique, confirmée par le fumeux Grenelle de l’environnement (inspiré de son puissant lobbying vert auprès des politiques de gauche comme de droite) jusqu’à son entrisme opportuniste au sein du gouvernement Macron-Philippe, pourtant peu préocuppé par l’environnement, devrait alerter une majorité des Français. Après des décennies de « parler-vert », Hulot n’est plus qu’un écologue de salon, sans l’agir. Surtout, Hulot oublie l’essentiel : non seulement les collectivités humaines, de la cellule familiale à la communauté des Nations, n’ont pas besoin de lieux communs, mais, au surplus, elles requièrent urgemment deux choses dont il ne parle jamais, que sont un juste-échange, et de légitimes frontières.

Repenser les échanges, réhabiliter les frontières

Ce postulat de repenser les échanges et de réhabiliter les frontières, au-delà d’être celui des courants souverainistes et identitaires, est celui du bon sens. Si un « monde d’après » doit naître, qui soit suffisamment distinct de l’ancien, ce sera sur ces bases, ou bien, ce nouveau monde ne sera pas. Hulot, comme le camp progressiste en général, est cependant incapable de poser lesdites bases, concevant l’avenir sans en saisir sa réalité multipolaire, éludant la complexité du XXIe siècle par les raisonnements mécanistes du XIXe : positivisme, vérité absolue du Marché, technocratie et bipartisme.

En se refusant de penser, Hulot et les siens mentent par ailleurs par omission quant à leur rôle vis-à-vis de l’état du monde, car sa génération, celle du baby boom d’après-guerre, est directement responsable. Le monde d’après cette crise doit quitter le dogme néo-libéral du libre-échange pour viser un juste-échange, relocalisant au plus près les circuits de production, de consommation et de recyclage. Et l’idée de frontière, qui était jusque-là l’exception, et vient d’être symboliquement revivifiée par les politiques de confinements appliquées par différents États, doit devenir la norme : frontières économiques à une échelle nationale par le protectionnisme industriel et agricole, frontières physiques face aux flux migratoires croissants, qui menacent l’identité des peuples européens.

Gauthier Bouchet