De la naissance du gauchisme, outil de la révolution culturelle

Max Horkheimer (au premier plan, à gauche), Theodor Adorno (au premier plan, à droite), et Jürgen Habermas en arrière-plan, à droite, en 1965 à Heidelberg.

Il existe deux types de révolutions. La première n’est autre qu’une conquête du pouvoir et une révolution dite politique. Jacques Bainville dans son Histoire de France*1 en donne notamment un avant goût ci-après de son livre : Pour s’emparer du pouvoir, il fallait achever la Révolution, renverser la monarchie, et la monarchie, qui tenait encore à la France par tant de liens, ne pouvait en être arrachée que par une grande commotion nationale : pour avoir la République, il faudrait passer par la guerre […]. Pas plus que l’Empire allemand, selon la formule de Bismarck, la République ne serait créée par des lois et des discours, mais par le fer et le feu. La seconde, beaucoup moins connue, s’occupe de démolir de l’intérieur les bases civilisationnelles d’un pays en voie de conquête. Arnaud de Lassus (1921-2017) explique qu’il est important d’étudier le processus de la révolution culturelle car dans son livre L’école de Francfort, Genèse de la révolution culturelle il explique que ce même processus s’est montré remarquablement efficace dans les pays catholiques.*2 Arnaud de Lassus donne aussi l’exemple de la Pologne qui, ayant pourtant résisté pendant 50 ans à des pouvoirs politiques marxistes, avait tout de même réussi à préserver sa religion ainsi que sa morale. Pourtant, en quelques années d’une révolution culturelle venue de l’ouest, la morale et les mœurs ont été pénétrés d’influences anti-chrétiennes et se sont alignées sur les normes occidentales […].*3

Les révolutions marxistes de la première moitié du XXe siècle échouant en Hongrie, en Allemagne ainsi qu’en Italie, un nouveau marxisme devait voir le jour. Arnaud de Lassus énumère une réflexion méthodique sur ces échecs :

  • Marx avait prédit que l’industrialisation entraînerait des conditions insupportables pour les classes laborieuses et l’élimination de la classe moyenne inférieure. Ces prédictions se sont révélées fausses : l’accroissement de la production améliora la qualité de vie de toute les classes.
  • Le prolétariat, la classe tant vantée des travailleurs, ne pourrait jamais être l’outil pour renverser l’Occident industriel et y véhiculer la révolution.
  • Il fallait abandonner l’idée peu réaliste d’un assaut frontal contre la bourgeoisie et le capitalisme dans les pays développés d’Occident.
  • L’Occident ne pourrait être renversé qu’après destruction de ses forces vives par la trahison des intellectuels.*4

C’est en 1922 à Moscou qu’une réunion aura lieu à l’initiative de Lénine à l’Institut Marx-Engels où Willy Munzenberg, ancien chef communiste allemand de l’entre-deux guerres, et Georg Lukacs, ex-vice-commissaire du peuple à l’Instruction publique dans le gouvernement communiste de Bela Kun en Hongrie, seront conviés. Elle fut peut-être plus nocive à la civilisation occidentale que la révolution bolchevique elle-même, écrira Ralph de Toledano*5 à propos de cette même réunion. Il en résultat deux objectifs clairs : le premier étant de corrompre les intellectuels occidentaux et le second étant d’exploiter les idées de Sigmund Freud. C’est ainsi que sera fondé l’Institut pour le marxisme revisité rapidement Institut pour la recherche sociale à Francfort en 1923. D’éminentes personnalités viendront rejoindre l’Institut tels que Theodor Adorno (1903-1969) et Herbert Marcuse (1898-1979). Adolf Hitler devenant chancelier en 1933, l’Institut partira aux États-Unis et se fera facilement mousser par de grandes universités ainsi que certaines coteries dont la Fabian Society britannique.

Jusqu’en 1950 aux États-Unis, l’utilisation de formes musicales dégénérées, la lutte contre les « préjugés », la révolution culturelle par le film et la télévision ainsi que l’action sur l’école seront les bases de travail de l’Institut. A partir de ce moment-là, trois des principaux membres de l’école retourneront se réinstaller en Allemagne, les autres resteront aux États-Unis. C’est à partir de ce moment-là que l’on commence à parler de l’École de Francfort. La notion de pansexualisme, c’est à dire le déchaînement des passions sexuelles, prôné par Herbert Marcuse, théoricien de la théorie critique, se répandra rapidement dans les esprits.

On peut à juste titre parler de révolution culturelle, puisque la contestation s’adresse à l’ensemble de l’« établissement » culturel, y compris les bases morales de la société actuelle. L’idée et la stratégie traditionnelles de la révolution […] sont périmées. […] Ce que nous devons entreprendre, c’est un mode de désintégration du système qui soit diffus et dispersé.

H. Marcuse, cité dans The Resister (Été-Automne 1998)

Vingt ans après le retour de l’École de Francfort en Europe, une étape est franchie : la révolution culturelle de mai 68 sous influence marcusienne sort la tête de l’eau. Il faudra encore une vingtaine d’année pour que la contre-culture, nouvelle base culturelle de la nouvelle gauche selon Theodore Roszah, développe un effort suffisant pour découvrir de nouveaux types de communautés, de nouveaux modèles de famille, de nouvelles mœurs sexuelles, de nouveaux styles de vie, de nouvelles formes esthétiques, de nouvelles identités personnelles […].*6 C’est ainsi que la nouvelle gauche naquît avec comme fondation l’essor, sinon l’invasion, du pansexualisme, de la destruction de l’autorité paternelle, du nihilisme entre le rôle traditionnel du père et de la mère, de la destruction des différences d’éducation entre garçons et filles, de l’accroissement du féminisme, du développement de la protection des minorités (les hommes étant les oppresseurs et femmes et enfants étant les opprimés), de la mise en avant du cybernétique, véritable outil d’idéologie matérialiste, ainsi que de la promotion des jeux-vidéos.

Nous corromprons tellement l’Occident qu’il puera.

W. Muzenberg

L’analyse conclusionnelle d’Arnaud de Lassus est frappante de vérités : les catholiques ont eu à affronter, en plus de la révolution culturelle inspirée par l’École de Francfort, une autre révolution culturelle : celle qui, à partir des années 1960, a sévi à l’intérieur de l’Église. Le bouleversement fut général : nouvelle messe évolutive, nouveau calendrier, abandon du latin et de l’habit religieux, l’orgue et les chants traditionnels remplacés par des musiques profanes, transformation de l’art religieux […]. L’environnement catholique paraissait se dégrader et disparaître au moment même où les fidèles en avaient le plus besoin… D’où un déracinement des catholiques qui abandonneront en masse la pratique religieuse et se trouveront d’autant plus vulnérables à la révolution culturelle venue de Francfort par États-Unis interposés. Le parallélisme des deux révolutions culturelles est étonnant : elles sont décalées l’une par rapport à l’autre d’à peine dix ans ; les chefs politiques ont favorisé la première tandis que les chefs religieux soutenaient la seconde ou laissaient faire. Si bien que l’on peut se demander s’il n’y a pas, de l’une à l’autre, un certain nombre de connexions. *7

Karl Marx avait écrit à un de ses amis : Voici ce que nous devons accomplir : une critique impitoyable de tout ce qui existe. Impitoyable en deux sens : la critique ne doit pas craindre ses propres conclusions, ni les conflits avec les pouvoirs en place. Jamais dans l’histoire du monde une société n’a autant été pourrie de l’intérieur en si peu de temps. Face à cette véritable cabale contre le monde occidental catholique, j’invite les lecteurs à lire l’antidote au mondialisme intitulé La bataille préliminaire de Jean Vaquié. Vous retrouverez par ailleurs un de mes articles précédents à ce sujet : La bonne notion du combat catholique

Melvin Tallier

*1 J. Bainville, Histoire de France (page 341), éditions Kontre Kulture.

*2 A. de Lassus, L’école de Francfort (page 1), éditions Action Familiale et Scolaire

*3 A. de Lassus, L’école de Francfort (page 1), éditions Action Familiale et Scolaire

*4 A. de Lassus, L’école de Francfort (page 4), éditions Action Familiale et Scolaire

*5 R. de Toledano, L’école de Francfort (page 11)

*6 T. Roszah, La jeunesse et le grand refus (The Nation,1968)

De la destruction du païen intérieur

Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix tous les jours et qu’il me suive (St Luc, Chap. 9, ver. 23)

L’enfant tout juste né est naturellement disposé à aimer deux choses : l’amour de soi et l’amour des créatures. C’est du baptême que naît un nouvel amour : celui du Bon Dieu. Par la grâce de ce même baptême, il doit transférer sur Dieu seul toutes ses capacités d’aimer, selon le premier commandement qui stipule tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toutes tes forces. Ainsi une opposition se forme entre l’amour de soi et des créatures et l’amour de Dieu. La philosophie n’est autre réalité que la considération des choses en elles-mêmes. Il en est de même pour la théologie spéculative, mais aucunement pour ce qui nous intéresse ici : la théologie pratique. Cette théologie a un regard tout autre puisqu’elle considère les choses selon le salut des âmes. Le problème de l’aspect philosophique est qu’il ne touche pas du tout à nos deux amours propres définis ci-avant qui sont, selon feu monsieur l’abbé Onésime Lacouture (1881-1951) dans ses enseignements, les rivaux de l’amour de Dieu dans nos cœurs.

– En soi, ce n’est pas péché… Il suffit de ne pas en abuser… Il n’y a pas de mal à cela… Strictement parlant il n’y a pas de problème fondamental… vous dira le malheureux prêtre philosophe.

– Est-ce que l’acte en question concours à la finalité de l’âme ? vous demandera le prêtre théologien.

Et c’est ainsi que que l’abbé Lacouture explique plus loin dans ses exercices : comme le point de vue philosophique favorise nos deux amours naturels et que le point de vue théologique pratique favorise l’amour de Dieu, ces deux points de vue mettent aux prises deux amours rivaux qui se feront toujours la guerre. Des philosophes se battent au nom de nos deux amours naturels et les vrais théologiens se battent au nom de l’amour de Dieu. Il prend ensuite l’exemple de l’usage des créatures en expliquant que les philosophes ne les considèrant qu’en elles-mêmes, ils les trouvent bonnes puisqu’elles sont les reflets des perfections divines. Ainsi il est normal de pouvoir jouir comme bon nous semble de cela puisqu’il n’y a ni péché, ni abus. De fait, le Père Lacouture avoue que selon leur seul point de vue, ils ont raison. Seulement, les vrais théologiens vont plus loin, car considérant les choses selon le salut des âmes, la conclusion est donc tout autre : le fait qu’une jouissance est permise ne règle pas son cas. Toutes les jouissances sont des moyens pour gagner le ciel. Notre Seigneur en indique deux : elles sont la monnaie pour acheter les jouissances du ciel ou encore la semence pour les récolter. Eh bien, quand on achète, il faut donner sa monnaie pour avoir l’objet et quand on sème il faut laisser le grain dans la terre ou il meurt afin d’avoir une récolte. Par conséquent le point de vue théologique exige que nous sacrifiions les bonnes choses permises comme les défendues pour gagner notre ciel. C’est ce deuxième point de vue que St Paul avait dans la tête quand il écrivait « pour l’amour de Jésus-Christ je me suis privé de toutes choses, les regardant comme du fumier afin de gagner Jésus-Christ. »

Tableau explicatif : de la finalité des motifs en trois phases distinctes


Phase n°I Phase n°II Phase n°III
Lieu surnaturel visé   Enfer Limbes Paradis
Finalité des motifs   Amour du péché Amour naturel Amour surnaturel
Concepts   Philosophie ou théologie spéculative Philosophie ou théologie spéculative Théologie pratique

L’enfer est pavé de bonnes intentions entendons-nous régulièrement. Il est vrai. Mais de quelles intentions parle t-on dans cette première phase ? Des intentions divines ? Certainement pas. Il s’agit ici de la première phase où il est question d’une intention qui va à l’encontre du Christ : l’action est donc péché, c’est à dire offense vis à vis du créateur.

La phase qui nous intéresse le plus est la deuxième. L’erreur de beaucoup de prêtres contemporains est d’opposer le paradis à l’enfer en omettant les limbes, de façon à ce qu’aujourd’hui les catholiques visent juste au dessus de l’enfer ce qu’ils croient être le paradis alors même qu’il s’agit des limbes. Or, tout catholique se doit de viser la sainteté pour atteindre le ciel et ainsi plaire à Dieu. L’esprit naturaliste du philosophe empêche cette sainteté en omettant les motifs, c’est à dire en omettant l’orientation mentale de toute action humaine vers ce à quoi le catholique veut tendre.

Enfin, la troisième phase est celle vers quoi tout catholique se doit de viser. C’est la voie de la sainteté, celle qui fait tant plaisir à Dieu et à Sa Très Sainte Mère et qui peut, peut-être, se résumer en une phrase : toute bonne action avec un motif surnaturel est prière.

Le Bon Dieu nous a offert la vie pour que nous prenions le temps de le connaître pour mieux le louer, l’honorer et le servir. C’est parce que chaque seconde est un cadeau du ciel que tout motif dans nos actions les plus simples se doit d’être concrétisé surnaturellement pour l’amour de Celui qui nous a donné la vie, et qui, si on s’en donne les moyens, nous offrira la vie éternelle à Ses côtés.

« Tout ce que vous faites, faites-le de bon cœur comme le faisant pour le Seigneur et non pour les hommes. »(Aux corinthiens, chap 3, vers 23)

Melvin TALLIER

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NB : ce bref article a été réalisé suite à l’écoute des exercices spirituels dirigés par feu monsieur l’abbé Onésime Lacouture (1881-1951), prêtre jésuite québecquois du XIXe et XXe siècle, qui organisait ces mêmes-exercices pour ses confrères dans le sacerdoce. Je recommande fortement l’écoute de ces rares archives à l’adresse suivante : https://www.youtube.com/channel/UCjtazluZaj3B37P4ecl574g

NB(2) : je vous invite à compléter cet article avec un important travail du R.P. Garrigou Lagrange sur ce que doit être la vie d’un catholique avec ses différentes phases, je vous propose ainsi d’étudier en profondeur ce document d’une rare qualité spirituelle intitulé Les trois conversions et les trois voies : http://www.a-c-r-f.com/documents/R_P_GARRIGOU-LAGRANGE-Trois_conversions.pdf

La bonne notion du combat catholique


Tensions sociales, corruption des élites, apogée de la pornographie, perte de nos libertés les plus fondamentales, perversion des mœurs, implosion des familles, idéologie mondialiste : la vie du pauvre catholique d’aujourd’hui se réduit désormais à du survivalisme. L’Occident tiraillé entre le monde des idées révolutionnaires et le monde du réel semble ne pas être en capacité de se remettre de cette confrontation à mort nous rappelant évidemment le combat des deux étendards, l’un ayant une certaine idée du monde et l’autre souhaitant l’observer pour mieux s’y soumettre. C’est dans cette atmosphère où le diable se fait moine que le catholique doit grandir, vivre, et donc combattre. Combattre. Voilà un mot qui fait de plus en plus sens face aux multiples maux d’une civilisation en profonde décadence. Seulement, et au moins depuis la Révolution Française, les actions du catholique depuis plus de 200 ans semblent faibles sinon inefficaces face à l’avancée certaine du sacro-saint progressisme et c’est principalement sur ce problème que nous allons nous arrêter.

Le Christ ayant régné sur la France depuis le baptême de Clovis en 496 via ses lieutenants qui n’étaient autres que les rois de France, la tête du roi Louis XVI coupée, c’est Dieu détrôné et l’homme à sa place. Mgr Gaume (1802-1879) dans La Révolution – recherches historiques ne dira pas autre chose dans sa définition de La Révolution dont je ne donne qu’un court extrait : Je suis la haine de tout ordre religieux et social que l’homme n’a pas établi et dans lequel il n’est pas roi et Dieu tout ensemble ; je suis la proclamation des droits de l’homme contre les droits de Dieu ; je suis la philosophie de la révolte, la politique de la révolte, la religion de la révolte ; je suis la négation armée ; je suis la fondation de l’état religieux et social sur la volonté de l’homme au lieu de la volonté de Dieu ! en un mot, je suis l’anarchie ; car je suis Dieu détrôné et l’homme à sa place. Voilà pourquoi je m’appelle Révolution ; c’est-à-dire renversement, parce que je mets eu haut ce qui, selon les lois éternelles, doit être en bas, et en bas ce qui doit être en haut. Dès lors, les peuples de France renommés brigands par la Convention se verront exterminés pour ce qu’ils étaient : catholiques. C’est ainsi que le combat contre-révolutionnaire est né : d’un génocide. Les nouveaux dogmes maçonniques de La Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen étant les mêmes hier qu’aujourd’hui, il serait dès lors bien aventureux d’imaginer que l’autorité républicaine du XXIe siècle soit idéologiquement différente sur le fond. La devanture d’une maison pouvant être intégralement refaite, les fondations resteront cependant parfaitement similaires. Il en est de même pour le dogme maçonnico-républicain. Ainsi, les ennemis d’hier restent et demeurent les ennemis d’aujourd’hui. De ce fait, la France étant l’antithèse parfaite de la République, véritable outil révolutionnaire, il ne peut subsister deux peuples diamétralement et spirituellement opposés sur un même territoire : c’est pourquoi il faut combattre.

Combattre, oui. Mais comment combattre ? Le serviteur de Dieu sait que ses actions gravitent autour de trois impératifs : louer, honorer et servir le Christ. Aide humanitaire, manifestation pour la famille, implication en politique, protection du patrimoine cultuel français, service envers les plus démunis : les actions des fidèles semblent être au rendez-vous sans toutefois porter le moindre fruit. De plus en plus de catholiques désespèrent d’ailleurs à l’idée que leurs actions semblent n’avoir aucun impact, c’est ainsi que nous prendrons principalement comme exemple l’excellente étude intitulée La bataille préliminaire de Jean Vaquié (auteur catholique antilibéral, 1911-1992) :

Les traditionalistes ont conscience de défendre les droits de Dieu en face du pouvoir de la Bête. Ils puisent là leur ardeur et leur confiance. Mais ils s’imaginent trop facilement que cette position de principe leur donne, sur l’État laïque, une prééminence juridique. Ils descendent dans la rue en brandissant le Décalogue et l’Évangile et en accusant l’État de les avoir violés. Mais comment ne pas voir qu’il est maintenant trop tard pour tenir un tel discours ? Il fallait commencer par s’opposer à la laïcisation constitutionnelle de l’État. Or précisément, cette laïcisation a été obtenue, en 1958, grâce aux suffrages des catholiques. Ce sont les catholiques qui ont fait pencher la balance du côté de l’apostasie définitive de l’État. Poussés par leurs évêques, eux-mêmes manipulés par le futur cardinal Villot, alors directeur de secrétariat de l’épiscopat français, ils ont voté en masse pour la constitution laïque que le général De Gaulle leur proposait. Il n’est plus l’heure aujourd’hui d’exiger de l’État sans Dieu, la reconnaissance des droits de Dieu. Le combat depuis la Révolution Française était déjà difficile, il semble désormais que les actions des catholiques depuis 1958 sont aseptisés et mis au placard.

Voilà un bien triste tableau : les actions des catholiques ne comptent plus que pour du beurre et les parois pour recouvrer une structure étatique catholique semblent bien lisses. Mais est-ce bien vrai ? Absolument d’un point de vue naturaliste car tous les facteurs temporels et visibles tendent à nous faire croire que tout est perdu et que nos adversaires possèdent toutes les manettes régaliennes. Jean Vaquié explique d’ailleurs ceci dans le même document :

Les véritables forces vives de la France ont toujours été anti-révolutionnaires […]. Le dynamisme réactionnaire est réel, mais il est neutralisé par un dispositif révolutionnaire pratiquement insurmontable.

Alors quelle bataille mener ? Il explique que le ciel attend de nous cette sauvegarde des restes. Elle formule notre mission. Elle constitue notre combat contre-révolutionnaire quotidien. Telle est la bataille inférieure. C’est une bataille défensive, une bataille de maintenance. En définissant la bataille défensive, Vaquié explique donc qu’il n’est pas de notre ressort de reprendre les rennes du pays car le « pouvoir de la bête », bien qu’essentiellement utopique de par sa nature, est devenu, en fait, irréversible. Voilà un fait que beaucoup de catholiques d’aujourd’hui, désireux de voir leur pays se redresser, ne comprenne plus. Non pas parce qu’ils ne veulent pas comprendre, mais parce qu’ils ont bien souvent été formés par des prêtres imprégnés de modernisme avec régulièrement une vision naturaliste du monde : nous reconnaissons ces victimes au fait qu’ils votent en espérant qu’en changeant tous les cinq ans de loup le troupeau puisse survivre. Ainsi ils acceptent le principe du renversement, c’est à dire la volonté de l’homme au lieu de la volonté de Dieu, dénoncé précédemment par Mgr Gaume.

Il est une action que l’on ne peut substituer à une autre : la prière. Cette bataille, toujours selon Jean Vaquié, s’intitule la bataille de la supplication ou préliminaire. C’est une bataille primordiale car il s’agit de faire l’assaut du ciel. C’est Dieu qu’il s’agit de fléchir. Il explique plus loin que la somme des désirs n’a pas atteint la mesure comble : cela signifie que trop peu de catholiques souhaitent réellement le retour du Christ-Roy de France et que trop peu souhaitent concrètement le retour du règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ. Car oui, vous et moi le premier qui critiquons régulièrement le système, ne nous complaisons nous pas, quelque part, dans les quelques avantages que nous en tirons ? Là est la clé.

L’offensive finale viendra du Christ lui-même

Si bataille défensive il y a, existe t-il une bataille offensive ?

« Je régnerai malgré mes ennemis ». Qui d’entre nous aurait oublié cette promesse laconique mais formelle, que Notre-Seigneur a faite à Sainte Marguerite Marie en 1689 ? A elle seule, elle pourrait nous suffire. Mais elle a été renouvelée, au cours des XIXe et XXe siècles, à un grand nombre de mystiques, en particulier à madame Royer. Et quand on songe que le serment résulte de la répétition de la promesse, on peut affirmer que le règne du Sacré-Cœur nous a été promis avec serment. Nous pouvons donc être assurés qu’aujourd’hui Notre-Seigneur opère mystérieusement selon Sa manière habituelle, en vue d’extirper le pouvoir de la Bête et d’instaurer Son règne propre. Ce mystérieux combat, dont Il est l’agent essentiel, constitue la bataille supérieure, celle de l’objectif principal. Il poursuit en expliquant que dans la bataille supérieure, la part de Dieu domine tout et oblitère totalement celle de l’homme.

Il est bon de se rappeler que le nom de Jésus signifie sauveur et qu’un sauveur ne vient que lorsque tout est perdu. C’est la leçon qu’avait appris le roi cruel d’Assyrie, Sennachérib, mandataire de Dieu et qui par orgueil est devenu persécuteur. En marche vers Jérusalem pour prendre la ville avec 185 000 soldats, il était certain de remporter la victoire. Ézéchias, le roi de Jérusalem était lui-même en effroi : tout était perdu. Et c’est seulement à la veille de la victoire de Sennachérib qu’intervint le Christ : L’Ange du Seigneur sortit et frappa cent quatre-vingt-cinq-mille hommes dans le camp assyrien. Et quand on se leva le matin, ce n’était partout que les cadavres sans vie (Isaïe, XXXVII, 36).

Vous l’avez compris : la guerre est déjà gagnée. Même s’il restera toujours le camp des qu’en dira t-on versus le camp des qu’en dira Dieu, il est juste de croire que le Christ se réserve pour Sa plus grande gloire une victoire éclatante que l’on appelle la bataille supérieure. Le catholique ne doit se concentrer que sur la bataille inférieure, c’est à dire la bataille de maintenance tout en priant pour que Le Sauveur rétablisse le règne du Sacré-Cœur car comme disait le marquis de la Franquerie (1901-1992) à propos du Christ-Roy : il veut régner sur la France et par la France sur le monde. C’est d’ailleurs avec ces trois mots que le maître de la contre-révolution termina son travail : CONFIANCE – CALME – CONSTANCE. Le calme spirituel provenant de la parfaite confiance dans le plan de Dieu, il ne suffit plus que d’être constant dans nos actions et nos prières, toujours orientés dans ce même plan, pour combler du mieux possible cet amour infini qu’est Notre Seigneur Jésus-Christ.

Melvin TALLIER